Dans cet article
- Le cabinet Cheuvreux a établi un tableau de référence classant les mutations soumises au DPU et au DPU renforcé
- Le droit de préemption urbain s’applique dans les communes dotées d’un PLU ou d’une carte communale, sur délibération du conseil municipal
- Certaines ventes sont exonérées de plein droit : ventes entre parents jusqu’au 4e degré, cessions de parts de SCI familiale, ventes de lots de copropriété hors périmètre renforcé
- Le délai de réponse de la mairie est de 2 mois maximum à compter de la réception de la DIA
- Le DPU renforcé étend le champ d’application aux lots de copropriété, parkings et garages en copropriété
- En cas de silence de la commune au-delà des 2 mois, la préemption est réputée non exercée
Sommaire
- Qu’est-ce que le droit de préemption urbain ?
- Le rôle du cabinet Cheuvreux et son tableau de référence
- Quelles mutations sont soumises au DPU ?
- DPU renforcé : copropriété, garages et parkings
- Exceptions et exemptions au droit de préemption urbain
- Procédure de la DIA et délais à respecter
- Les motifs de préemption invoqués par la commune
- Comment savoir si un bien est soumis au DPU ?
- Mes conseils pratiques pour les acheteurs
Après quinze ans passés à financer des acquisitions immobilières côté banque, j’ai vu des dizaines de ventes retardées, voire annulées, à cause du droit de préemption urbain. C’est un sujet que beaucoup d’acheteurs découvrent au dernier moment, souvent avec une certaine inquiétude. Lorsqu’on cherche des informations fiables sur le champ d’application du DPU, un nom revient systématiquement dans le milieu notarial : le cabinet Cheuvreux. Ses tableaux récapitulatifs sont devenus la référence pour savoir si une vente est soumise ou non à la préemption. Je vous propose de décortiquer ce sujet ensemble, de façon claire et opérationnelle.
Qu’est-ce que le droit de préemption urbain ?
Le droit de préemption urbain (DPU) est un mécanisme juridique qui permet à une collectivité publique, le plus souvent la commune, de se porter acquéreur d’un bien immobilier en priorité sur tout autre acheteur. Il est défini aux articles L. 211-1 et suivants du Code de l’urbanisme. Concrètement, lorsque vous signez un compromis de vente, le notaire adresse une déclaration d’intention d’aliéner (DIA) à la mairie, qui dispose alors d’un délai pour décider si elle souhaite acheter le bien à votre place.
Ce droit s’inscrit dans une logique d’aménagement du territoire. Il permet aux communes de constituer des réserves foncières, de créer des logements sociaux, de réaliser des équipements publics ou de préserver des espaces naturels. Pour qu’il soit applicable, la commune doit disposer d’un plan local d’urbanisme (PLU) ou d’une carte communale et avoir pris une délibération instituant le DPU sur tout ou partie de son territoire.
Il existe deux niveaux de préemption. Le DPU simple couvre les ventes d’immeubles bâtis et non bâtis, mais exclut certaines catégories de biens. Le DPU renforcé élargit considérablement le périmètre, notamment aux lots de copropriété. C’est précisément cette distinction que le cabinet Cheuvreux a rendue lisible grâce à ses tableaux synthétiques.

Le rôle du cabinet Cheuvreux et son tableau de référence
Le cabinet Cheuvreux est une étude notariale parisienne reconnue pour son expertise en droit de l’urbanisme et en droit immobilier public. Ses notaires et juristes ont produit un ensemble de fiches pratiques devenues incontournables dans la profession. La plus célèbre est le tableau des mutations soumises au droit de préemption urbain, régulièrement mis à jour pour intégrer les évolutions législatives et jurisprudentielles.
Ce tableau classe les différents types de mutations immobilières en deux colonnes : celles soumises au DPU simple et celles soumises au DPU renforcé. Il indique pour chaque cas si la mutation est soumise, exonérée de plein droit, ou soumise sous conditions. Pour un acheteur comme pour un notaire, c’est un outil de vérification rapide extrêmement fiable.
Je recommande systématiquement à mes clients de demander à leur notaire s’il utilise le tableau Cheuvreux lors de la rédaction de la DIA. C’est un gage de rigueur. Le cabinet publie également des fiches sur le droit de préemption des locataires, les ZAD (zones d’aménagement différé) et les espaces naturels sensibles, qui complètent utilement l’analyse.
Quelles mutations sont soumises au DPU ?
Pour comprendre le champ d’application du DPU, il faut distinguer les opérations qui déclenchent obligatoirement une DIA de celles qui en sont exonérées. Voici un tableau synthétique inspiré des travaux du cabinet Cheuvreux.
| Type de mutation | DPU simple | DPU renforcé |
|---|---|---|
| Vente d’un immeuble bâti (maison, appartement hors copropriété) | Soumise | Soumise |
| Vente d’un terrain nu | Soumise | Soumise |
| Vente d’un lot de copropriété à usage d’habitation | Exonérée | Soumise |
| Vente d’un lot de copropriété à usage commercial | Exonérée | Soumise |
| Vente d’un garage ou parking en copropriété | Exonérée | Soumise |
| Cession de parts de SCI (non familiale) | Soumise (si majorité des parts) | Soumise |
| Vente entre parents jusqu’au 4e degré | Exonérée | Exonérée |
| Vente d’un immeuble de moins de 4 ans | Exonérée | Exonérée |
| Vente liée à une procédure d’expropriation | Exonérée | Exonérée |
Ce tableau montre bien la différence fondamentale entre DPU simple et renforcé. En DPU simple, la majorité des lots de copropriété échappent au droit de préemption. En DPU renforcé, la commune peut préempter un simple studio, un garage ou même une cave vendue séparément. C’est un point que je vérifie systématiquement avec mes clients lorsqu’ils achètent dans une grande ville comme Paris, Lyon ou Marseille, où le DPU renforcé est très fréquent.
DPU renforcé : copropriété, garages et parkings
La question du droit de préemption urbain en copropriété est celle qui génère le plus de confusion. En DPU simple, les lots de copropriété sont exonérés de préemption, sauf exceptions. C’est une règle qui rassure beaucoup d’acheteurs en copropriété. Mais attention : dès que la commune a instauré un DPU renforcé, cette exonération disparaît.
Le DPU renforcé concerne donc les garages en copropriété, les parkings, les caves, les appartements et même les locaux commerciaux. Concrètement, si vous achetez un garage en copropriété dans une commune ayant instauré le DPU renforcé, la mairie peut se substituer à vous. J’ai accompagné un investisseur qui souhaitait acheter trois places de parking dans le 18e arrondissement de Paris : la mairie a préempté l’une des trois. C’est une réalité qu’il faut anticiper.
Pour savoir si votre commune applique le DPU renforcé, vous pouvez consulter le portail Service Public dédié au droit de préemption, contacter directement le service urbanisme de la mairie, ou demander à votre notaire. Cette vérification prend quelques minutes et peut vous éviter une mauvaise surprise le jour de la signature.

Exceptions et exemptions au droit de préemption urbain
Toutes les ventes ne sont pas soumises au DPU, même dans les communes où il est instauré. Le Code de l’urbanisme prévoit plusieurs cas d’exemption de plein droit. Voici les principaux que j’identifie systématiquement lors de mes accompagnements.
Les ventes entre parents et alliés jusqu’au quatrième degré sont exonérées. Cela inclut les ventes entre frères, sœurs, oncles, tantes, neveux, nièces et cousins germains. Cette exemption vise à préserver la liberté de transmission au sein des familles.
Les immeubles construits depuis moins de quatre ans échappent également au DPU, qu’il soit simple ou renforcé. Cette règle vise à ne pas décourager la construction neuve. Si vous achetez dans un programme récent livré il y a moins de quatre ans, vous n’êtes pas concerné. Je vous invite d’ailleurs à consulter notre guide sur les frais de notaire pour maison neuve pour optimiser votre budget dans ce cas de figure.
Les cessions de parts de SCI familiale (entre parents jusqu’au 4e degré) sont aussi exonérées. En revanche, la cession de la majorité des parts d’une SCI non familiale détenant un immeuble peut déclencher le DPU ; c’est un piège classique pour les investisseurs.
Parmi les autres exemptions, citons la vente d’un bien faisant l’objet d’une procédure d’expropriation, les échanges d’immeubles sous certaines conditions, et les ventes réalisées dans le cadre d’un plan de sauvegarde ou de redressement judiciaire. Enfin, lorsque la définition du droit de préemption ne correspond pas au périmètre géographique instauré par la commune, la vente est naturellement hors champ.
Procédure de la DIA et délais à respecter
La déclaration d’intention d’aliéner (DIA) est la pièce centrale de la procédure. Elle est rédigée et envoyée par le notaire du vendeur à la mairie de la commune où se situe le bien. Ce formulaire Cerfa contient les informations essentielles : identité des parties, description du bien, prix de vente convenu, conditions de la vente.
À compter de la réception de la DIA complète, la commune dispose d’un délai de deux mois pour se prononcer. Trois issues sont possibles :
- Renonciation expresse : la mairie indique qu’elle n’exercera pas son droit. La vente peut se conclure immédiatement.
- Silence pendant deux mois : l’absence de réponse vaut renonciation. La vente est libre.
- Décision de préemption : la commune notifie sa volonté d’acquérir, soit au prix proposé, soit à un prix inférieur.
Si la commune propose un prix inférieur, le vendeur peut accepter, renoncer à la vente, ou saisir le juge de l’expropriation pour fixer le prix. En pratique, cette procédure judiciaire prend entre 12 et 18 mois en moyenne. Pour en savoir plus sur les délais concrets, je vous recommande notre article sur la durée du droit de préemption de la mairie.
Un point important : la DIA doit être complète pour faire courir le délai. Si des informations manquent, la commune peut demander des compléments, ce qui suspend le délai de deux mois. J’insiste toujours auprès de mes clients sur la nécessité de fournir un dossier irréprochable dès le départ pour éviter les retards.
Les motifs de préemption invoqués par la commune
La commune ne peut pas préempter un bien sans justification. La décision de préemption doit mentionner l’objet pour lequel ce droit est exercé, conformément à l’article L. 210-1 du Code de l’urbanisme. Les motifs les plus fréquemment invoqués sont les suivants :
- Réalisation de logements sociaux (motif le plus courant dans les grandes agglomérations)
- Création d’équipements publics : crèches, écoles, médiathèques
- Constitution de réserves foncières en vue d’un projet d’aménagement
- Préservation d’espaces verts ou de jardins partagés
- Maintien de la mixité sociale dans un quartier
- Lutte contre l’habitat indigne ou insalubre
En pratique, le motif doit être réel et suffisamment précis. Une commune qui préempterait en invoquant un vague projet d’aménagement sans aucun document d’urbanisme ni délibération s’exposerait à une annulation par le tribunal administratif. Le Code de l’urbanisme (article L. 210-1) impose que la préemption réponde à un objet d’intérêt général. C’est un garde-fou important pour les acheteurs.

Comment savoir si un bien est soumis au DPU ?
C’est la question que je reçois le plus souvent. Voici ma méthode en quatre étapes, que je recommande à tout acheteur avant même de signer un compromis de vente.
Étape 1 : vérifier l’existence d’un PLU. Le DPU ne peut être instauré que dans les communes disposant d’un plan local d’urbanisme ou d’une carte communale. Si la commune n’a ni l’un ni l’autre, le DPU ne s’applique pas. Vous pouvez vérifier ce point sur le site du Géoportail de l’urbanisme.
Étape 2 : consulter la délibération municipale. L’existence d’un PLU ne suffit pas. Il faut que le conseil municipal ait pris une délibération instaurant le DPU sur le périmètre concerné. Cette information est disponible auprès du service urbanisme de la mairie ou dans le recueil des actes administratifs.
Étape 3 : identifier le type de DPU. Il est crucial de savoir si la commune applique le DPU simple ou le DPU renforcé. La différence est majeure, notamment pour les lots de copropriété, les garages et les parkings. Un appel au service urbanisme suffit généralement pour obtenir cette information.
Étape 4 : vérifier les exemptions. Même si le DPU est instauré, votre transaction peut être exonérée. Reprenez les critères évoqués plus haut (immeuble de moins de 4 ans, vente familiale, etc.) ou demandez à votre notaire de vérifier à l’aide du tableau Cheuvreux. Pour approfondir la définition du droit de préemption, notre guide dédié vous sera utile.
En résumé, la vérification ne prend que quelques minutes si vous savez où chercher. Et croyez-moi, mieux vaut investir ce temps en amont plutôt que de découvrir trois semaines après le compromis que la mairie souhaite se substituer à vous.
Mes conseils pratiques pour les acheteurs
Fort de mon expérience côté financement, voici les recommandations que je donne systématiquement à mes clients confrontés au droit de préemption urbain.
Anticipez dès la recherche du bien. Avant même de visiter, renseignez-vous sur le zonage DPU de la commune. C’est particulièrement vrai si vous ciblez un investissement locatif dans une grande agglomération où le DPU renforcé est quasi systématique.
Intégrez le délai de préemption dans votre planning. Les deux mois de délai de réponse de la mairie s’ajoutent aux délais classiques de la vente. Si vous avez un prêt à débloquer avec une date butoir, prévoyez cette marge. J’ai vu des financements capoter parce que l’offre de prêt expirait avant la purge du droit de préemption.
Ne négligez pas le risque de préemption à prix inférieur. La commune peut décider de préempter à un prix qu’elle estime correspondre au marché, ce qui peut être inférieur au prix convenu. Dans ce cas, le vendeur a le choix : accepter, renoncer, ou aller devant le juge. Pour l’acheteur, c’est la fin de la transaction, sauf si la commune renonce finalement après négociation.
Demandez un certificat d’urbanisme. Le certificat d’urbanisme opérationnel (dit « CU b ») indique si le bien est situé dans un périmètre de préemption. C’est un document officiel de la mairie, délivré sous deux mois, qui vous apporte une sécurité juridique supplémentaire. Si vous envisagez d’acheter dans une ville dynamique, consultez aussi notre comparatif des villes où investir dans l’immobilier.
Faites-vous accompagner par un notaire aguerri. Un notaire familier du tableau Cheuvreux et du droit de l’urbanisme saura anticiper les risques, rédiger une DIA complète du premier coup et, le cas échéant, contester une préemption mal motivée. Les frais de notaire incluent cette expertise ; autant en profiter pleinement.
À retenir
- Vérifiez systématiquement si la commune applique un DPU simple ou renforcé avant de signer un compromis
- En DPU renforcé, même un garage ou un parking en copropriété peut être préempté par la mairie
- Intégrez les 2 mois de délai de purge dans votre calendrier de financement pour éviter l’expiration de votre offre de prêt
- Demandez à votre notaire de se référer au tableau Cheuvreux pour confirmer si votre transaction est soumise ou exonérée
- En cas de préemption à prix inférieur, le vendeur peut saisir le juge de l’expropriation pour faire fixer le prix
Questions fréquentes
Quand le droit de préemption urbain ne s’applique pas ?
Le DPU ne s’applique pas dans les communes dépourvues de PLU ou de carte communale. Il ne s’applique pas non plus aux ventes entre parents jusqu’au quatrième degré, aux immeubles construits depuis moins de quatre ans, aux ventes consécutives à une expropriation, ni aux lots de copropriété en zone de DPU simple (sauf si le DPU renforcé a été instauré).
Quelles sont les exceptions au droit de préemption urbain ?
Les principales exceptions prévues par le Code de l’urbanisme sont : les cessions entre membres d’une même famille (jusqu’au 4e degré), les immeubles achevés depuis moins de 4 ans, les cessions de parts de SCI familiale, les ventes dans le cadre d’un plan de sauvegarde ou de redressement judiciaire, et les échanges d’immeubles sous certaines conditions. Le tableau du cabinet Cheuvreux recense l’ensemble de ces cas de manière exhaustive.
Quels sont les motifs du droit de préemption urbain ?
La commune doit justifier sa décision de préemption par un motif d’intérêt général prévu à l’article L. 210-1 du Code de l’urbanisme : création de logements sociaux, réalisation d’équipements publics, constitution de réserves foncières, maintien de la mixité sociale, lutte contre l’habitat indigne ou préservation d’espaces naturels. Le motif doit être réel et suffisamment précis, sous peine d’annulation par le juge administratif.
Comment savoir si il y a un droit de préemption urbain ?
Trois moyens permettent de le vérifier : consulter le Géoportail de l’urbanisme pour savoir si la commune dispose d’un PLU, contacter le service urbanisme de la mairie pour connaître le périmètre du DPU et son type (simple ou renforcé), ou demander un certificat d’urbanisme opérationnel qui mentionne l’existence d’un droit de préemption sur la parcelle concernée. Votre notaire peut également effectuer cette vérification.
Le droit de préemption urbain s’applique-t-il aux garages et parkings en copropriété ?
En DPU simple, les garages et parkings vendus comme lots de copropriété sont exonérés du droit de préemption. En revanche, si la commune a instauré un DPU renforcé, ces lots sont soumis à la préemption au même titre que les appartements ou locaux commerciaux. Il est donc indispensable de vérifier le type de DPU applicable avant toute acquisition.
Quel est le délai de réponse de la mairie après réception de la DIA ?
La commune dispose d’un délai de deux mois à compter de la réception d’une DIA complète pour notifier sa décision. Passé ce délai sans réponse, le droit de préemption est réputé non exercé et la vente peut se conclure librement. Attention : si la DIA est incomplète, la mairie peut demander des compléments, ce qui suspend le délai.
Alexandre Duval est ancien conseiller bancaire spécialisé en financement immobilier. Après 15 ans côté banque, il accompagne les investisseurs en toute indépendance et partage ses analyses du marché sur AD Immo.