Après quinze ans passés à financer des projets immobiliers côté banque, je vois aujourd’hui des propriétaires bailleurs pris de court par le calendrier d’interdiction des passoires thermiques. La loi Climat et Résilience de 2021 a posé des échéances claires, mais les ajustements successifs ont brouillé la lisibilité du dispositif. Je vous propose un décryptage complet pour anticiper plutôt que subir.
Dans cet article
- Les logements classés DPE G sont interdits à la location depuis le 1er janvier 2025
- Les logements classés DPE F seront interdits au 1er janvier 2028, puis les DPE E au 1er janvier 2034
- Les petites surfaces de moins de 40 m² bénéficient d’un DPE corrigé qui peut reclasser le logement
- Les aides cumulées (MaPrimeRénov’, CEE, éco-PTZ) peuvent couvrir jusqu’à 90 % du coût des travaux pour les ménages modestes
- La décote moyenne d’un bien classé G atteint 15 à 20 % par rapport à un bien équivalent classé D
- Les copropriétés disposent de délais adaptés lorsqu’un plan pluriannuel de travaux est voté
Sommaire
- Passoire thermique : définition et classement DPE
- Le calendrier officiel des interdictions de location
- Les assouplissements adoptés depuis 2024
- Impact sur les prix et le marché locatif
- Les aides financières pour rénover une passoire thermique
- Stratégies pour les propriétaires bailleurs concernés
- Conséquences pour les acheteurs et investisseurs
- Que faire si votre bien est classé G ou F ?
Passoire thermique : définition et classement DPE
Une passoire thermique désigne un logement dont la consommation d’énergie finale dépasse 420 kWh/m²/an ou dont les émissions de gaz à effet de serre sont supérieures à 100 kg CO₂/m²/an. Concrètement, il s’agit des habitations classées F ou G sur l’échelle du diagnostic de performance énergétique (DPE). En France, on estime que 4,8 millions de résidences principales entrent dans cette catégorie selon les données du ministère de la Transition écologique.
Le DPE, rendu opposable depuis le 1er juillet 2021, attribue une note de A (la plus performante) à G (la moins performante). Cette note repose désormais sur une méthode de calcul unifiée dite « 3CL-2021 » qui prend en compte l’isolation, le système de chauffage, la ventilation et la production d’eau chaude. Pour les propriétaires que j’accompagnais en financement, cette opposabilité a changé la donne : un DPE erroné engage désormais la responsabilité du diagnostiqueur et peut entraîner une renégociation du prix de vente ou du loyer. Si vous envisagez une transaction, je vous recommande de consulter mon guide sur les diagnostics immobiliers obligatoires en 2026 pour avoir la liste complète des documents requis.

Le calendrier officiel des interdictions de location
La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a instauré un calendrier progressif d’interdiction de mise en location des logements les plus énergivores. Ce calendrier s’applique aux nouvelles mises en location et aux renouvellements de bail, pas aux baux en cours.
| Échéance | Classe DPE concernée | Mesure applicable | Logements impactés (estimation) |
|---|---|---|---|
| 1er janvier 2023 | G+ (plus de 450 kWh/m²/an) | Interdiction de location (logements indécents) | ~140 000 |
| 1er janvier 2025 | G | Interdiction de location | ~600 000 |
| 1er janvier 2028 | F | Interdiction de location | ~1 200 000 |
| 1er janvier 2034 | E | Interdiction de location | ~2 600 000 |
Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G ne peut plus faire l’objet d’un nouveau contrat de location en France métropolitaine. Le locataire en place conserve son droit au maintien dans les lieux, mais le propriétaire ne peut pas augmenter le loyer tant que le logement n’atteint pas au minimum la classe F. Pour les propriétaires d’un bien classé F, il reste donc moins de deux ans pour réaliser les travaux nécessaires avant l’échéance de 2028.
Le gel des loyers constitue une mesure complémentaire déjà en vigueur : depuis août 2022, les loyers des logements classés F et G ne peuvent plus être réévalués, ni lors du renouvellement du bail, ni en cours de bail. Cette contrainte pèse directement sur la rentabilité locative, un paramètre que j’analysais systématiquement lors des demandes de financement.
Les assouplissements adoptés depuis 2024
Face aux difficultés de mise en œuvre, le gouvernement a introduit plusieurs ajustements sans remettre en cause le principe du calendrier. Ces mesures visent à corriger les effets disproportionnés identifiés sur certaines typologies de biens.
Correction du DPE pour les petites surfaces. Depuis le 1er juillet 2024, les logements de moins de 40 m² bénéficient d’un coefficient correcteur dans le calcul du DPE. Cette mesure reconnaît que la méthode 3CL-2021 pénalisait mécaniquement les studios et petits appartements en raison du ratio défavorable entre surface habitable et surface déperditive. Résultat : environ 140 000 logements ont pu sortir de la catégorie G grâce à cette correction, selon le site Service-Public.fr.
Dérogations pour les copropriétés. Un propriétaire bailleur en copropriété peut obtenir un délai supplémentaire lorsque l’assemblée générale a voté un plan pluriannuel de travaux (PPT) portant sur la rénovation énergétique de l’immeuble. Cette disposition reconnaît que les travaux d’isolation par l’extérieur ou de remplacement de la chaufferie collective dépendent d’une décision collective, pas du seul propriétaire du lot. Pour comprendre les obligations liées à la copropriété, consultez mon article sur les assurances immeuble en copropriété.
Outre-mer : un calendrier décalé. Les départements et régions d’outre-mer (DROM) bénéficient d’échéances reportées. L’interdiction des DPE G s’appliquera au 1er janvier 2028, celle des DPE F au 1er janvier 2031. Ce décalage tient compte des spécificités climatiques et du parc immobilier ultramarin.
Impact sur les prix et le marché locatif
L’effet du calendrier d’interdiction sur les prix immobiliers est désormais mesurable. Les données des notaires montrent une décote croissante pour les biens mal classés. En 2025, un appartement classé G se négocie en moyenne 15 à 20 % en dessous d’un bien comparable classé D, contre 5 à 10 % seulement deux ans plus tôt. Cette « valeur verte » est devenue un critère central dans les décisions d’achat.

Sur le marché locatif, je constate trois conséquences directes :
- Retrait de logements du parc locatif. Des propriétaires préfèrent vendre plutôt que rénover, ce qui réduit l’offre de logements disponibles dans certaines zones tendues.
- Report vers la location meublée touristique. Certains propriétaires de passoires thermiques se tournent vers la location saisonnière (type Airbnb), qui n’est pas soumise aux mêmes obligations de décence énergétique pour le moment.
- Pression haussière sur les loyers des biens rénovés. Les logements bien classés (A à D) voient leur attractivité et leur valeur locative augmenter mécaniquement par effet de raréfaction.
Pour les investisseurs qui ciblent des marchés locatifs dynamiques, cette redistribution crée des opportunités. J’ai détaillé les perspectives dans mes analyses sur l’investissement locatif à Lille et l’investissement locatif à Toulouse, deux villes où le phénomène est particulièrement marqué.
Les aides financières pour rénover une passoire thermique
La bonne nouvelle, c’est que le dispositif d’aides à la rénovation énergétique n’a jamais été aussi complet. Quand je montais des plans de financement en banque, j’intégrais systématiquement ces mécanismes pour améliorer le reste à vivre de mes clients. Voici le panorama actualisé :
MaPrimeRénov’ Parcours accompagné. Ce dispositif géré par l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) finance les rénovations globales permettant un saut d’au moins deux classes DPE. Les subventions peuvent atteindre 63 000 € pour les ménages très modestes, couvrant jusqu’à 90 % du montant des travaux plafonnés. Le passage obligatoire par un accompagnateur Rénov’ (Mon Accompagnateur Rénov’) garantit la cohérence technique du projet.
L’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ). Emprunt sans intérêt pouvant atteindre 50 000 € sur 20 ans pour une rénovation globale. Cumulable avec MaPrimeRénov’, il reste l’un des outils les plus efficaces pour financer le reste à charge. En tant qu’ancien banquier, je peux vous confirmer que l’éco-PTZ ne pèse pas sur le taux d’endettement dans la plupart des établissements.
Les certificats d’économies d’énergie (CEE). Ces primes versées par les fournisseurs d’énergie complètent le financement, notamment pour l’isolation des combles, le remplacement des fenêtres ou l’installation d’une pompe à chaleur. Les montants varient selon les travaux et les opérateurs.
Le déficit foncier majoré. Pour les propriétaires bailleurs, les travaux de rénovation énergétique réalisés dans un logement classé E, F ou G permettent de déduire jusqu’à 21 400 € de déficit foncier par an du revenu global (au lieu de 10 700 € en temps normal). J’ai détaillé ce mécanisme dans mon article sur le déficit foncier en 2026.
Ces différentes aides sont cumulables sous certaines conditions. Pour un logement classé G nécessitant une rénovation globale estimée à 40 000 €, un propriétaire aux revenus intermédiaires peut réduire son reste à charge à moins de 10 000 € en combinant MaPrimeRénov’, CEE et éco-PTZ.
Stratégies pour les propriétaires bailleurs concernés
Face à ces échéances, j’identifie quatre stratégies principales selon la situation patrimoniale de chaque propriétaire :
Stratégie 1 : rénover et conserver. C’est l’option la plus pertinente lorsque le bien est situé dans une zone à forte demande locative et que le montant des travaux reste proportionné à la valeur du bien. Un investissement de 20 000 à 35 000 € pour passer de G à D est généralement amorti en 5 à 8 ans grâce au maintien des revenus locatifs et à la revalorisation du patrimoine. La fiscalité du déficit foncier amplifié accélère ce retour sur investissement.
Stratégie 2 : vendre en l’état. Si le coût de rénovation dépasse 30 % de la valeur du bien, ou si le propriétaire ne souhaite plus gérer de locatif, la vente reste rationnelle malgré la décote. Mieux vaut vendre un bien classé F aujourd’hui qu’un bien classé F en 2028 quand l’interdiction sera effective. Les techniques de négociation immobilière sont essentielles pour limiter la décote.
Stratégie 3 : changer d’usage. Transformer un logement locatif en résidence principale, en local professionnel ou en meublé de tourisme peut constituer une alternative temporaire. Attention toutefois : de nombreuses communes renforcent la réglementation des locations saisonnières, et la loi Le Meur de 2024 a introduit de nouvelles contraintes.

Stratégie 4 : vendre puis réinvestir. Certains propriétaires choisissent de céder leur passoire thermique pour réinvestir dans un bien déjà performant énergétiquement. Cette approche permet de sécuriser un rendement locatif pérenne sans supporter le risque et les contraintes d’un chantier de rénovation. Pour optimiser la fiscalité de la revente, consultez mon guide sur la plus-value immobilière en 2026.
Conséquences pour les acheteurs et investisseurs
Pour les acquéreurs, le contexte des passoires thermiques crée un marché à deux vitesses. D’un côté, des biens performants (classés A à D) qui maintiennent leur valeur et génèrent des rendements stables. De l’autre, des biens énergivores qui se négocient avec des décotes significatives mais offrent un potentiel de valorisation après rénovation.
L’achat d’une passoire thermique pour la rénover peut constituer une excellente opération patrimoniale, à condition de maîtriser le budget travaux en amont. Lors de mes années en banque, les dossiers les mieux ficelés incluaient toujours un audit énergétique détaillé avec chiffrage des travaux avant même la signature du compromis de vente. Je recommande d’intégrer une clause suspensive liée au résultat de cet audit.
Côté financement, les banques sont de plus en plus attentives au DPE dans l’instruction des dossiers de prêt. Un bien classé G peut compliquer l’obtention du crédit si le plan de rénovation n’est pas crédible. Certains établissements proposent désormais des prêts verts bonifiés pour les projets incluant une rénovation énergétique. Si votre dossier de financement rencontre des difficultés, mon article sur les causes de refus de crédit immobilier vous aidera à identifier les points de blocage.
Pour les investisseurs locatifs, le calcul du rendement doit désormais intégrer le coût de la mise aux normes énergétiques. Un bien affiché à 8 % de rendement brut mais classé G peut tomber à 4 % net une fois les travaux intégrés. À l’inverse, un bien classé D à 6 % brut sera plus rentable et sécurisé sur le long terme. Mes analyses détaillées sur l’investissement locatif à Paris et l’investissement locatif à Montpellier intègrent cette dimension énergétique.
Que faire si votre bien est classé G ou F ?
Voici le plan d’action que je recommande, étape par étape, aux propriétaires de passoires thermiques :
Étape 1 : vérifier votre DPE actuel. Si votre DPE date d’avant le 1er juillet 2021, il a été réalisé avec l’ancienne méthode et peut ne plus être représentatif. Les DPE réalisés entre 2013 et 2017 ne sont plus valides depuis le 1er janvier 2025. Faites réaliser un nouveau diagnostic par un professionnel certifié. Si votre logement fait moins de 40 m², la nouvelle méthode de calcul pourrait vous faire gagner une ou deux classes.
Étape 2 : réaliser un audit énergétique. Plus complet que le DPE, l’audit énergétique identifie les travaux prioritaires et leur coût estimatif. Il propose au moins deux scénarios de rénovation avec les gains de performance attendus. Cet audit est désormais obligatoire pour la vente d’un logement classé F ou G, comme je l’explique dans mon article sur les diagnostics obligatoires.
Étape 3 : solliciter un accompagnateur Rénov’. Pour accéder à MaPrimeRénov’ Parcours accompagné, le recours à un Mon Accompagnateur Rénov’ (MAR) est obligatoire. Ce professionnel agréé par l’ANAH vous guide dans le choix des travaux, le montage financier et le suivi du chantier. Le service France Rénov’ (numéro unique 0 808 800 700) vous orientera vers un accompagnateur de votre secteur.
Étape 4 : monter le plan de financement. Combinez les aides disponibles pour minimiser votre reste à charge. L’éco-PTZ peut être demandé auprès de votre banque, tandis que les CEE se négocient directement avec les fournisseurs d’énergie ou via des plateformes dédiées. Pour ceux qui envisagent de restructurer l’ensemble de leurs crédits après travaux, le rachat de crédit immobilier peut s’avérer pertinent.
Étape 5 : planifier les travaux. Les artisans RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) sont très sollicités. Prévoyez un délai de 3 à 6 mois entre la demande de devis et le démarrage du chantier. Plus vous anticipez, plus vous aurez de marge de manœuvre pour choisir les meilleurs prestataires et négocier les tarifs.
À retenir
- Faites réaliser un nouveau DPE avec la méthode 2021 si votre diagnostic date d’avant juillet 2021
- Demandez un audit énergétique avant toute décision : il chiffre les travaux et identifie les priorités
- Cumulez MaPrimeRénov’, éco-PTZ et CEE pour réduire votre reste à charge sous les 10 000 €
- Utilisez le déficit foncier majoré à 21 400 €/an si vous êtes bailleur au régime réel
- Anticipez les délais : comptez 3 à 6 mois minimum pour trouver un artisan RGE et démarrer le chantier
Questions fréquentes
Un locataire peut-il exiger des travaux de rénovation énergétique à son propriétaire ?
Oui. Depuis le 1er janvier 2025, si le logement est classé G, le locataire peut saisir le juge pour faire reconnaître le logement comme indécent au titre du critère de performance énergétique. Le juge peut alors imposer au propriétaire la réalisation de travaux, réduire le loyer ou suspendre son paiement jusqu’à mise en conformité. Pour les logements classés F, cette possibilité s’ouvrira au 1er janvier 2028.
L’interdiction s’applique aux nouveaux contrats de location et aux renouvellements de bail. Un locataire dont le bail est en cours peut rester dans le logement. Cependant, le propriétaire ne pourra ni augmenter le loyer ni renouveler le bail tant que le logement n’aura pas atteint le seuil de performance requis. En pratique, au moment du renouvellement tacite ou express, le logement devra être conforme.L’interdiction de location concerne-t-elle les baux en cours ou seulement les nouveaux contrats ?
Le coût moyen se situe entre 20 000 et 45 000 € selon la surface, l’état du bâti et les travaux nécessaires. Une isolation des combles et le remplacement des fenêtres peuvent suffire pour un petit logement (10 000 à 15 000 €), tandis qu’une rénovation globale incluant isolation thermique par l’extérieur, pompe à chaleur et ventilation mécanique contrôlée atteindra 35 000 à 50 000 € pour un logement de 70 à 80 m². Les aides publiques permettent de couvrir 40 à 90 % de ces montants selon les revenus du propriétaire.Combien coûte en moyenne la rénovation d’un logement classé G pour atteindre la classe D ?
Oui. Un propriétaire bailleur en copropriété peut justifier d’un délai supplémentaire si l’assemblée générale des copropriétaires a voté un plan pluriannuel de travaux (PPT) incluant la rénovation énergétique. Cette dérogation reconnaît que le propriétaire d’un lot ne maîtrise pas seul les décisions relatives aux parties communes (isolation extérieure, chauffage collectif). Le propriétaire doit néanmoins démontrer qu’il a engagé les démarches nécessaires auprès du syndic.Les passoires thermiques en copropriété peuvent-elles bénéficier d’un délai supplémentaire ?
Cela dépend du prix d’achat et du coût des travaux. Une passoire thermique achetée avec une décote de 15 à 20 % et rénovée pour 25 000 à 35 000 € peut générer un rendement net supérieur à un bien déjà performant, grâce à la revalorisation post-travaux et aux avantages fiscaux du déficit foncier majoré. La clé est de chiffrer précisément les travaux avant l’achat et de s’assurer que le gain de classe DPE sera suffisant pour remettre le bien sur le marché locatif durablement.Est-il encore rentable d’acheter une passoire thermique pour investir en locatif ?
Le propriétaire s’expose à une action en justice du locataire pour logement indécent. Le juge peut ordonner la réalisation des travaux sous astreinte, réduire le montant du loyer, voire condamner le propriétaire à verser des dommages et intérêts. Il n’existe pas d’amende administrative automatique, mais le risque contentieux est réel et croissant à mesure que les locataires prennent conscience de leurs droits.Quelles sanctions risque un propriétaire qui loue un logement interdit à la location ?
Alexandre Duval est ancien conseiller bancaire spécialisé en financement immobilier. Après 15 ans côté banque, il accompagne les investisseurs en toute indépendance et partage ses analyses du marché sur AD Immo.